AccueilGermains & Scandinaves • Le Sumbel

    Derniers articles publiés

    Le Sumbel

    Trouvé sur Irminsul Ættir Texte écrit par Susan Granquist © 2001
    Traduction & adaptation par Aranna © 2012

     

    489-490

    Site nu to symle ond onsæl meoto,
    sigehreð secgum, swa þin sefa hwette.

    À présent prends place au festin et dévoile ton dessein,
    parle gloire et victoire aux hommes en suivant l’élan de ton âme *

    Beowulf


    Le sumbel (sumbl en vieux norrois) est un rituel solennel où les participants s’assoient ensembles, buvant et discourant d’une manière qui ressemble beaucoup aux toasts que nous portons aujourd’hui au cours d’un diner formel.

    Paul Bauschatz dans The Well and the Tree, donne une brève description de ce rituel dans le contexte de la cosmologie nordique et germanique.

    « Le fait de boire agit en interaction avec le fait de parler, chacune de ces actions permettant l’accomplissement de l’autre. Pendant un tel acte, le pouvoir de toutes autres les actions est concentré sur le moment du rituel et le canalise à l’intérieur des évolutions constantes de toutes les actions passées et présentes. La combinaison des mots, les actions exprimées et les éléments sémantiques de la boisson et de la coupe reproduisent à la fois le flux continu de l’Orlög et l’eau puisée pour nourrir Yggdrasil, les deux principales tâches des Nornes. Si cette action est représentative de la puissance et de la présence du passé dans le monde des hommes, alors les paroles rituelles prononcées deviennent partie intégrante de ce passé, disparaissent dans la boisson. Tandis que le convive s’enivre, ses actions et la boisson ne font plus qu’un, tandis que le tout est devenu une des strates à l’intérieur du puit. » 1

    On fait passer une coupe de boisson alcoolisée : le fait que ce soit alcoolisé constitue une part importante du symbolisme de ce rituel puisque la boisson obtenue résulte d’une transformation des ingrédients de base, ce qui la place au-delà de la réalité ordinaire. La coupe symbolise le puit. Au cours du sumbel raconté dans Beowulf, Wealtheow fait soigneusement passer la coupe, dessinant un parallèle avec les Nornes qui versent l’eau sur les racines de l’arbre permettant à ce dernier de se nourrir et de croître.

    Tout ce qui est dit au cours d’un sumbel est important et doit être considéré avec prudence, puisque ces mots deviennent une partie de l’Orlög, mêlant le passé et influençant le cours des événements à venir.

    Mais au-delà du fait de s’enorgueillir de ses actes, de rendre hommage aux ancêtres ou d’honorer les autres avec des cadeaux et des chants, ce rituel est également une forme de prière, de lien sacré avec les dieux qui, depuis leurs demeures, participent également au sumbel. C’est des Dieux que proviennent le don du brassage, les runes qui se combinent pour créer de puissants sortilèges, tout autant que l’hydromel de l’inspiration et la poésie qui en découle.

    Si nous nous réunissons pour honorer des hommes, ne devrions-nous pas, comme autrefois, honorer également les Dieux et la mémoire des morts ? Honorez-les comme ils se sont eux-mêmes assis et ont honoré ceux qui les ont précédés et ceux qui les ont rencontrés, au cours de cette assemblée.

     

    1 : Bauschatz, Paul, The Well and the Tree: World and Time in Early Germanic Culture, University of Massachusetts Press, Amherst, 1982., p. 77-78

     

    * La traduction française des vers de Beowulf est tiré du livre Beowulf, lettres gothiques, traduction et notes de André Crépin, Le livre de poche.

     

    À lire aussi